La plus dure des morts…

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7 février 2014 Par lise

Tu l’as essayée il y a un peu plus de vingt ans, comme tous les jeunes ou presque. Tu en as voulu encore et encore. En poudre, en comprimés, en cigarettes. Roulée, absorbée, sniffée, avalée. Plus vite au cerveau, plus vite, encore et encore. L’accélération de la folie.

Tu n’étais pas malade. Tu avais un talent fou. Tu étais l’intelligence même, sinon la beauté. Tu avais un métier que tu aimais, une famille, de l’argent – hélas

Un jour, à la fin du siècle dernier, tu as compris, tu as eu peur et tu as dit non.

Tu as tout fait et tu t’en es sorti.

Tu as tenu le coup pendant plus de deux décennies. Tu as lutté – la tentation était forte, pourtant ; et facile la voie pour revenir aux drogues, aux highs de toutes sortes. Tu es devenu alcoolique – une autre drogue, un peu moins dangereuse, quoique … Mais l’héroïne, la morph, les acides, même la marie-jeanne pourtant réputée "moins nocive", ( quelle blague !) mais tu as tenu, et c’était : non.

Chapeau : tu as continué de dire non pendant plus de vingt ans. Comme la petite chèvre de Monsieur Seguin qui a lutté toute la nuit contre le loup dans les Alpilles. Toi c’était contre les démons qui errent en ombres dures sur les trottoirs de la ville la plus célèbre du monde pour ses excès : Manhattan.

Clean for twenty five years, ils disent. Une performance, dont tu pouvais être fier. Mais un si fragile répit.

Un jour – un soir, un matin, une nuit, il pleuvait, il faisait beau, trop chaud, ou pas assez – le bourdon, l’ennui, un coup de blues ? tu étais seul, ils étaient là à te guetter : ils n’ont pas loupé une si belle occasion, tu penses ! ils ont gagné. Ils gagnent pratiquement à chaque coups.

Maintenant, tu es mort. La paix est avec toi, laquelle, nous ne savons pas, nous le saurons un jour.

La paix. Mais avant, il y a eu la dureté de ta mort, une mort qui a duré deux ans. Deux ans de désespoir.

Il faut le dire autour de nous, il faut en parler, il fait faire cesser le silence. Dire la souffrance physique. Dire la douleur physique. Dire que c’est un ravin aux parois glissantes, impossible à remonter tout seul.

Dire à quel point mourir d’une overdose est effroyable. Dire que c’est la plus dure des morts.

Il faut le dire, le répéter à nos enfants, nos petits-enfants. Ne pas avoir peur de leur faire peur. Ne pas reculer. Ne pas se cacher, nous les adultes qui avons – par quel miracle ? – échappé aux drogues, qui ne les avons jamais approchées ; nous qui nous en sommes sortis avant le grand danger ; nous qui avons comme on dit "charge d’âmes", nos jeunes, ces innocents qui vont insouciants, sans savoir que les dealers les comptent déjà parmi leurs prochaines victimes. Ils sont à l’affut. Personne ne leur échappe. Il faut le dire et le crier partout. Nous mettre ensemble, et dire, dire, dire. Sans arrêt.

Un sachet de ce poison se vend à peine 6 dollars à Manhattan ; 30 dollars dans le Connecticut : ça ne vous fait pas réfléchir ? connaissez-vous le prix de la drogue dans votre ville, votre quartier ?

Bien sur, non, je ne fais pas "un texte" là, ok ? je dis mon cœur – mon cerveau, mes larmes, ma peine pour Mimi, pour les trois petits, pour les parents, pour ses amis. Je dis ma peur parce que je connais des jeunes, que j’aime. Je dis ma souffrance passée, parce que je sais ce que c’est que de vivre avec la drogue, l’alcool , la souffrance, la peur et le déséquilibre des autres, ceux que nous aimons et qui brusquement s’en foutent, se détachent, s’éloignent. En fumée, en poudre, en gouttes, en pilules.

Il faut écrire, parler, dire, répéter, répéter encore et encore ; il faut être là, répondre, provoquer les questions, parler, écrire, lire, dire. Il faut publier. Il ne faut avoir peur de rien.

Il ne faut pas se taire.

Merci de m’avoir lue

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Lise Genz (http://chroniquesde.wordpress.com)

(ce texte est évidemment libre de droits : copiez-le, diffusez-le, distribuez-le autour de vous / merci)

Silence

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   Je plonge dans le silence
sans risque de me noyer

                je m'enfonce

                        je disparais

  et quand je reviendrai 
             
                      à la surface des mots et des bruits


je serai capable
à nouveau
de vivre

                                  Bernard Friot

Révolution des roses

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L’hiver s’est enlisé. Le printemps dort.
Aux heures sombres de la nuit je rêve encore
D’un jour brillant comme mille soleils
Où se se levera un peuple en éveil…
Enfant, rêve. ferme tes yeux.
Demain, au pays rouge, blanc, bleu
Tu te nourriras aux doux sons de la prose
Qui chantera dans les rues de ta ville
Avec l’espoir qu’une force tranquille
Viendra porter la révolution des roses…

Migration

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Il s’en est allé.  Comme s’en vont les oiseaux migrateurs à l’approche de l’hiver. Dans une longue course de préparation il a pris son temps, comme pour mieux s’élever, pour aller le plus haut possible, afin de rejoindre le pays des verts pâturages éternels, là d’où l’on ne revient pas. Quelque part dans les monts auvergnats, la nature sourit. Et les passereaux tournoient dans une dernière danse, accueillant avec joie sa venue soudaine. Peut-être même qu’ils lui chantent une ode sur un air de polka russe. Aile contre aile, ils dansent, comme des camarades réchappés d’une quelconque guerre, se racontant les souvenirs déjà lointains et soudains devenus légers. Puis dans un mouvement uniforme un souffle de vent les emporte. Le silence s’est installé. Les petits points qu’ils forment à présent disparaissent un à un. Ne subsiste plus bientôt qu’une trace légère, comme celle d’un pinceau très fin qui aurait écrit "au revoir".
Dans le ciel scintillant au soir venu, une étoile de plus s’est allumée.

A mon père. Puisses-tu reposer à présent dans la beauté des choses…

Bouge de là !

Je mets un mot pour dire que je suis en recherche d’appartement en ce moment et ne serai donc pas beaucoup présent sur les blogs. A tous, veuillez me tamponner pardonner (oui, je sais, je ne suis déjà pas beaucoup présent d’habitude, avec mes ridicules deux heures de connexion par semaine. Mais allez surfer sur internet depuis une grotte comme moi, et vous verrez… d’où ma recherche d’appartement… c’est quand même plus confortable pour hiberner). je précise qu’ aucune plainte ne sera reçue après 22 heures locales (ni même avant d’ailleurs; Et ni pendant, pour les petits malins…)

Dois-je vous dire à bientôt ?

Automne.

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Les Quatre Saisons – L’Automne de Vivaldi

Albert Bierstadt - On the Saco

                                                                     Automne (2)*

 A pas lents et suivis du chien de la maison
Nous refaisons la route à présent trop connue.
Un pâle automne saigne au fond de l’avenue,
Et des femmes en deuil passent à l’horizon.

Comme dans un préau d’hospice ou de prison,
L’air est calme et d’une tristesse contenue ;
Et chaque feuille d’or tombe, l’heure venue,
Ainsi qu’un souvenir, lente, sur le gazon.

Le Silence entre nous marche… Coeurs de mensonges,
Chacun, las du voyage, et mûr pour d’autres songes,
Rêve égoïstement de retourner au port.

Mais les bois ont, ce soir, tant de mélancolie
Que notre coeur s’émeut à son tour et s’oublie
A parler du passé, sous le ciel qui s’endort,
Doucement, à mi-voix, comme d’un enfant mort…

Poème d’Albert Samain. (1858-1900)

Peinture d’Albert Bierstadt (1830-1902)

* Il existe deux poèmes d’Albert Samain sur l’automne.. D’où le titre.

Le hasard et la nécessité.

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Le paradis n’était pas pour moi. Esprit tourmenté, j’étais appelé à errer sans cesse. Il faut dire qu’avec le passé qui est le mien…
Un fantôme. Voilà ce que je suis devenu. Des années que cela dure. Je marche longuement dans les rues. Je vois la tristesse dans le regard des gens. Certains même montrent de la souffrance. Depuis que je ne suis plus de ce monde, je les observe. D’en haut, souvent. Mais aussi des fois d’en bas. C’est à dire avec eux. Près d’eux. En marchant à leur côté. Sans qu’ils ne s’en rendent compte. Des fois je "capte" leurs conversations. Je les entends faire une réflexion intéressante sur la façon dont "cela" s’est passé, cette histoire incroyable : mon assassinat ! Certains même affirment avoir été témoin de quelque chose. Le pire c’est que beaucoup de gens ne croient plus aujourd’hui à la "thèse officielle", et aimeraient connaître enfin ce qui s’est vraiment passé.
Je vole souvent avec les oiseaux. Un vieux rêve que j’avais quand j’étais vivant. Et je dois dire que souvent, bien souvent, quand je vois ce qui se passe en bas, dans la poussière floue des jours chauds, dans la brume grisante du soir, dans le mystère de la nuit, je n’ai qu’une seule envie c’est de rester en haut. Parce que la terre est belle, si belle vue de là haut. Mais les hommes, qu’en font-il ? Qu’ont-ils fait de ce monde ?
Je suis mort, et je m’appelle John. Presque quarante ans que le mensonge perdure. J’aurais envie de crier à la terre entière la vérité. Les manipulations, les pressions, les éliminations…
Et dire que LBJ m’a fait manger par son loup-garou de service. Un certain Malcolm Everett Wallace, dit Mac Wallace. Il n’a jamais été puni, celui-là. Un tueur à la solde de l’Intelligence Service ! Lui et ses sbires ne m’ont pas loupé. Et Cliff Carter, le roi de la manigance qui a tout orchestré ! Impuni lui aussi, malgré ses regrets juste avant de mourir.
Une affaire bien réglée. Comme une horloge suisse. Une mécanique huilée au millimètre près. Propre. Nette. Sans bavure.
Je suis mort, et je m’appelle John . Ou plutôt je m’appelais John. On me surnomme JFK.
Et si je vous disais que c’est l’Or Noir du Texas qui préside à la destinée de ce monde ?

(Cette histoire est une fiction. Enfin presque. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Ou bien le fruit du hasard et de la nécessité…)

Père et fils

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Le gamin : "moi, quand je serai grand je voudrais être un Rimbo !
Le père: mon fils, tu apprendras qu’on ne dit pas un Rimbo, mais un Rambo !
Le gamin : Non, un Rimbo !
Le père : Ah, il est têtu, hein ! C’est tout son grand père celui-là ! On dit RAMbo : ça s’écrit R-A-M-B-O !
Le gamin : Non, je veux être un Rimbaud ! R-I-M-B-A-U-D !
Le père (perplexe) : mais qu’est-ce que tu me racontes, là ?
La mère : vas-y mon fils. Explique à papa !
Le gamin : Rimbaud, c’était un poète du XIXe siècle. Il a écrit des grands poèmes très beaux, et c’est pour ça qu’il est devenu célèbre !
Le père : pffft ! Non, mais qu’est-ce que je vais faire d’un gamin pareil ?!…
La mère (hilare): ben… un poète, peut-être…"

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