Silence

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   Je plonge dans le silence
sans risque de me noyer

                je m'enfonce

                        je disparais

  et quand je reviendrai 
             
                      à la surface des mots et des bruits


je serai capable
à nouveau
de vivre

                                  Bernard Friot

Révolution des roses

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L’hiver s’est enlisé. Le printemps dort.
Aux heures sombres de la nuit je rêve encore
D’un jour brillant comme mille soleils
Où se se levera un peuple en éveil…
Enfant, rêve. ferme tes yeux.
Demain, au pays rouge, blanc, bleu
Tu te nourriras aux doux sons de la prose
Qui chantera dans les rues de ta ville
Avec l’espoir qu’une force tranquille
Viendra porter la révolution des roses…

Migration

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Il s’en est allé.  Comme s’en vont les oiseaux migrateurs à l’approche de l’hiver. Dans une longue course de préparation il a pris son temps, comme pour mieux s’élever, pour aller le plus haut possible, afin de rejoindre le pays des verts pâturages éternels, là d’où l’on ne revient pas. Quelque part dans les monts auvergnats, la nature sourit. Et les passereaux tournoient dans une dernière danse, accueillant avec joie sa venue soudaine. Peut-être même qu’ils lui chantent une ode sur un air de polka russe. Aile contre aile, ils dansent, comme des camarades réchappés d’une quelconque guerre, se racontant les souvenirs déjà lointains et soudains devenus légers. Puis dans un mouvement uniforme un souffle de vent les emporte. Le silence s’est installé. Les petits points qu’ils forment à présent disparaissent un à un. Ne subsiste plus bientôt qu’une trace légère, comme celle d’un pinceau très fin qui aurait écrit "au revoir".
Dans le ciel scintillant au soir venu, une étoile de plus s’est allumée.

A mon père. Puisses-tu reposer à présent dans la beauté des choses…

Bouge de là !

Je mets un mot pour dire que je suis en recherche d’appartement en ce moment et ne serai donc pas beaucoup présent sur les blogs. A tous, veuillez me tamponner pardonner (oui, je sais, je ne suis déjà pas beaucoup présent d’habitude, avec mes ridicules deux heures de connexion par semaine. Mais allez surfer sur internet depuis une grotte comme moi, et vous verrez… d’où ma recherche d’appartement… c’est quand même plus confortable pour hiberner). je précise qu’ aucune plainte ne sera reçue après 22 heures locales (ni même avant d’ailleurs; Et ni pendant, pour les petits malins…)

Dois-je vous dire à bientôt ?

Automne.

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Les Quatre Saisons – L’Automne de Vivaldi

Albert Bierstadt - On the Saco

                                                                     Automne (2)*

 A pas lents et suivis du chien de la maison
Nous refaisons la route à présent trop connue.
Un pâle automne saigne au fond de l’avenue,
Et des femmes en deuil passent à l’horizon.

Comme dans un préau d’hospice ou de prison,
L’air est calme et d’une tristesse contenue ;
Et chaque feuille d’or tombe, l’heure venue,
Ainsi qu’un souvenir, lente, sur le gazon.

Le Silence entre nous marche… Coeurs de mensonges,
Chacun, las du voyage, et mûr pour d’autres songes,
Rêve égoïstement de retourner au port.

Mais les bois ont, ce soir, tant de mélancolie
Que notre coeur s’émeut à son tour et s’oublie
A parler du passé, sous le ciel qui s’endort,
Doucement, à mi-voix, comme d’un enfant mort…

Poème d’Albert Samain. (1858-1900)

Peinture d’Albert Bierstadt (1830-1902)

* Il existe deux poèmes d’Albert Samain sur l’automne.. D’où le titre.

Le hasard et la nécessité.

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Le paradis n’était pas pour moi. Esprit tourmenté, j’étais appelé à errer sans cesse. Il faut dire qu’avec le passé qui est le mien…
Un fantôme. Voilà ce que je suis devenu. Des années que cela dure. Je marche longuement dans les rues. Je vois la tristesse dans le regard des gens. Certains même montrent de la souffrance. Depuis que je ne suis plus de ce monde, je les observe. D’en haut, souvent. Mais aussi des fois d’en bas. C’est à dire avec eux. Près d’eux. En marchant à leur côté. Sans qu’ils ne s’en rendent compte. Des fois je "capte" leurs conversations. Je les entends faire une réflexion intéressante sur la façon dont "cela" s’est passé, cette histoire incroyable : mon assassinat ! Certains même affirment avoir été témoin de quelque chose. Le pire c’est que beaucoup de gens ne croient plus aujourd’hui à la "thèse officielle", et aimeraient connaître enfin ce qui s’est vraiment passé.
Je vole souvent avec les oiseaux. Un vieux rêve que j’avais quand j’étais vivant. Et je dois dire que souvent, bien souvent, quand je vois ce qui se passe en bas, dans la poussière floue des jours chauds, dans la brume grisante du soir, dans le mystère de la nuit, je n’ai qu’une seule envie c’est de rester en haut. Parce que la terre est belle, si belle vue de là haut. Mais les hommes, qu’en font-il ? Qu’ont-ils fait de ce monde ?
Je suis mort, et je m’appelle John. Presque quarante ans que le mensonge perdure. J’aurais envie de crier à la terre entière la vérité. Les manipulations, les pressions, les éliminations…
Et dire que LBJ m’a fait manger par son loup-garou de service. Un certain Malcolm Everett Wallace, dit Mac Wallace. Il n’a jamais été puni, celui-là. Un tueur à la solde de l’Intelligence Service ! Lui et ses sbires ne m’ont pas loupé. Et Cliff Carter, le roi de la manigance qui a tout orchestré ! Impuni lui aussi, malgré ses regrets juste avant de mourir.
Une affaire bien réglée. Comme une horloge suisse. Une mécanique huilée au millimètre près. Propre. Nette. Sans bavure.
Je suis mort, et je m’appelle John . Ou plutôt je m’appelais John. On me surnomme JFK.
Et si je vous disais que c’est l’Or Noir du Texas qui préside à la destinée de ce monde ?

(Cette histoire est une fiction. Enfin presque. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Ou bien le fruit du hasard et de la nécessité…)

Père et fils

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Le gamin : "moi, quand je serai grand je voudrais être un Rimbo !
Le père: mon fils, tu apprendras qu’on ne dit pas un Rimbo, mais un Rambo !
Le gamin : Non, un Rimbo !
Le père : Ah, il est têtu, hein ! C’est tout son grand père celui-là ! On dit RAMbo : ça s’écrit R-A-M-B-O !
Le gamin : Non, je veux être un Rimbaud ! R-I-M-B-A-U-D !
Le père (perplexe) : mais qu’est-ce que tu me racontes, là ?
La mère : vas-y mon fils. Explique à papa !
Le gamin : Rimbaud, c’était un poète du XIXe siècle. Il a écrit des grands poèmes très beaux, et c’est pour ça qu’il est devenu célèbre !
Le père : pffft ! Non, mais qu’est-ce que je vais faire d’un gamin pareil ?!…
La mère (hilare): ben… un poète, peut-être…"

Songe d’une nuit d’été.

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    Je me souviens de ces mots que tu m’as dit un jour : "As-tu rêvé de moi ? Qui n’a pas rêvé de moi ne me connaît pas." Moi, je t’ai vue hier. Dans un songe. Tu étais endormie, des lauriers couvraient ton front et tu avais froid aux pieds. Ton image se reflétait dans un verre, où subsistait un fond de liqueur. Et je te regardais sombrer, te noyer peu à peu, au fur et à mesure que notre amour se consumait. Tu pensais l’éteindre ce feu qui te rongeait. Mais c’est toi qui l’a rallumé. Pendant que je te tournais le dos. C’était trop pour toi que d’être aimée pour ce que tu es vraiment. Tu voulais garder cette pureté des premiers instants, comme les petits enfants au coeur ingénu. Tu as mis dix années à m’avouer que tu m’aimais. Dix années à m’aimer d’un amour secret ! Combien de larmes as-tu versées pour moi. Et nos jeux d’enfants qui me reviennent en mémoire. Au téléphone tu me chantais des chansons. Tu m’emmenais voir les ovnis là-haut sur la colline de nos rêves, jeux de lumières incandescentes dans nos nuits folles où nous existions l’un pour l’autre. Nous jouions à cache-cache dans les allées désertes de nos futiles existences. Je te cherchais, tu disparaissais. Dans la nuit. Noire. Comme le ciel de ton enfance. Je n’ai pas oublié, tu sais. Ta mère, mon dieu ta mère, qu’a-t-elle fait ? Puis tu réapparaissais. Tu courais vers moi, les bras tendus. Aujourd’hui, je suis loin. tu es loin. On ne se voit plus. Mais je ne t’ai pas laissée tomber. Je serai toujours là pour toi. Tu le sais. Toi qui m’a élevé au rang de roi de ton royaume merveilleux, comment pourrais-je ? Comment ne pas, de temps à autre, prendre de tes nouvelles ? Hier encore nous nous sommes parlé. "Comme au bon vieux temps" m’as-tu dit. Des instants d’éternité. Tu me racontais tes jours et tes nuits d’insouciance. A fuir comme d’habitude cette grande réalité qui t’ennuie, qui ne t’intéresse pas. Je te racontais l’écoulement du printemps, et puis la lumière poétique de l’été. Et toutes ces saisons qui nous avaient portés hors du temps. La beauté des choses, quoi !
Nous n’irons plus à la montagne ensemble. Tu sais, là où tu l’as vu, Lui ! le grand marionnettiste de la vie. Avec son bâton de pèlerin. Et sa robe de bure. Flo était avec toi. Vous étiez deux copines. La vie vous faisait des clins d’oeil.
Nous n’irons plus cueillir des gerbes de blé ensemble. Dans la plaine alanguie crépite un feu dévorant. Et le ciel crépusculaire envoie ses flêches ornées des dernières plumes de paon qui restent. Mais il est bien malade Cupidon. Ne l’aurais-tu pas empoisonné avec une de ces liqueurs dont tu as le secret ? Je te sais sur la pente descendante. Je te sais en partance vers cet autre royaume. Inconnu de tous, celui-là. Ton choix est fait. C’est toi qui l’a voulu. Lentement, mais sûrement, m’as-tu dis un jour. Comme ton père. Mon dieu, la vie quel étrange chose. L’on se construit, l’on se détruit, l’on meurt puis l’on renaît, et puis après ? Et puis après ? On s’en fout ! Me lancerais-tu dans un grand éclat de rire. Et moi je te dirais :
Lorsque tes paupières seront d’or
Et tes cheveux d’argent,
Au crépuscule le soleil miroitant
Me renverra l’éclat de ton corps ;(…)*

En toute fin se trouve une beauté.

 

 

*Extrait d’un de mes poèmes intitulés "Emeraude"

Punching-ball.

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Je sautillais sur la pointe de mes pieds, en alternant le mouvement, en appui une fois sur la jambe droite, une fois sur la jambe gauche. Mes poings bien serrés, j’esquivais les coups qui me venaient du mieux que je le pouvais. Des fois en faisant un brusque écart sur le côté, des fois en fléchissant sur mes jambes dans un mouvement rotatif rapide, afin de frapper une fois revenu à hauteur de mon adversaire. Tout un art, les arts martiaux ! Karaté, full-contact, boxe française. J’en connaissais un rayon. Après huit années de pratique – excusez du peu -  je pouvais bien imiter le fameux Bruce Lee, puisque après tout il était mon héros. Je lançais un direct du gauche, puis un deuxième pour fixer l’autre, puis tentais un ushiro-mawashi-geri*. Raté. Trop lent, avais-je pensé. Tout à coup une pluie de coups arriva. Direct du gauche, fouetté** de la jambe droite , puis crochet du gauche, uppercut droit… j’avais adopté une position défensive, resserré les poings en les gardant bien près de mon visage pour me protéger au maximum, j’esquivais encore une droite, puis une gauche, prenais un fouetté-mawashi-geri dans la jambe droite, et…
Le soir tombait. C"était la fin du jour, et les oiseaux lançaient leurs derniers gazouillements avant de se laisser envelopper par la nuit. Des étoiles venaient de faire leur apparition, constellant tout à coup le ciel de petites lumières vacillantes. Etrange, me suis- dit alors. Pourquoi est-ce qu’elles vacillent les lumières. Oooh, j’ai la tête qui me tourne…
Un direct du droit. Je venais d’encaisser le direct du droit le plus percutant que j’avais jamais connu. Je vacillais. Les oiseaux et les étoiles étaient en fait dans ma tête, et je tentais tant bien que mal de tenir encore debout. Sous le choc, ma tête avait été violemment rejetée en arrière. J’avais senti une vive douleur, et puis très vite j’avais repris le dessus. Trente secondes. Tenir, encore trente secondes de combat, et c’est fini. Bon sang, pas facile de servir de punching-ball à un vice champion d’Europe !
La fin du round dura une éternité. Lorsque ce fut fini, Jap – c’était son surnom – vint vers moi : "Ca va ? dit-il. – Ca va, ça va, m’étais-je contenté de répondre. – t’es sur ? -  Oui, oui. Ca va aller, je t’assure."
Je n’avais pas saisi moi-méme tout de suite la violence du coup et les dégâts que cela allaient occasionner. Le lendemain, après une séance de sport – j’étais au lycée – je demandais à intégrer l’infirmerie. J’avais mal au dos, et mon épaule était enflée. On me proposa de consulter un médecin le plus rapidement possible. Le diagnostique : double traumatisme cervical. Des années après, malgré les efforts des kinés, chiropracteurs, acupuncteurs, rien n’y fit. J’accusais une usure prématurée des disques cervicaux. Le problème s’était transformé en arthrose.  Ô douleur !

*Ushiro-mawashi-geri : frappe donnée en lançant la jambe dans un mouvement de pivotement sur soi-même pour atteindre l’adversaire avec le plat du pied, généralement au niveau de la tête.
Mawashi-geri : cf ci-dessous.
**Fouetté : terme de boxe française. Frappe du pied donnée en lançant la jambe dans un mouvement circulaire de droite à gauche pour la jambe droite, et de gauche à droite pour la jambe gauche. Le fouetté correspond au mawashi-geri du karaté.

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