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    Je me souviens de ces mots que tu m’as dit un jour : "As-tu rêvé de moi ? Qui n’a pas rêvé de moi ne me connaît pas." Moi, je t’ai vue hier. Dans un songe. Tu étais endormie, des lauriers couvraient ton front et tu avais froid aux pieds. Ton image se reflétait dans un verre, où subsistait un fond de liqueur. Et je te regardais sombrer, te noyer peu à peu, au fur et à mesure que notre amour se consumait. Tu pensais l’éteindre ce feu qui te rongeait. Mais c’est toi qui l’a rallumé. Pendant que je te tournais le dos. C’était trop pour toi que d’être aimée pour ce que tu es vraiment. Tu voulais garder cette pureté des premiers instants, comme les petits enfants au coeur ingénu. Tu as mis dix années à m’avouer que tu m’aimais. Dix années à m’aimer d’un amour secret ! Combien de larmes as-tu versées pour moi. Et nos jeux d’enfants qui me reviennent en mémoire. Au téléphone tu me chantais des chansons. Tu m’emmenais voir les ovnis là-haut sur la colline de nos rêves, jeux de lumières incandescentes dans nos nuits folles où nous existions l’un pour l’autre. Nous jouions à cache-cache dans les allées désertes de nos futiles existences. Je te cherchais, tu disparaissais. Dans la nuit. Noire. Comme le ciel de ton enfance. Je n’ai pas oublié, tu sais. Ta mère, mon dieu ta mère, qu’a-t-elle fait ? Puis tu réapparaissais. Tu courais vers moi, les bras tendus. Aujourd’hui, je suis loin. tu es loin. On ne se voit plus. Mais je ne t’ai pas laissée tomber. Je serai toujours là pour toi. Tu le sais. Toi qui m’a élevé au rang de roi de ton royaume merveilleux, comment pourrais-je ? Comment ne pas, de temps à autre, prendre de tes nouvelles ? Hier encore nous nous sommes parlé. "Comme au bon vieux temps" m’as-tu dit. Des instants d’éternité. Tu me racontais tes jours et tes nuits d’insouciance. A fuir comme d’habitude cette grande réalité qui t’ennuie, qui ne t’intéresse pas. Je te racontais l’écoulement du printemps, et puis la lumière poétique de l’été. Et toutes ces saisons qui nous avaient portés hors du temps. La beauté des choses, quoi !
Nous n’irons plus à la montagne ensemble. Tu sais, là où tu l’as vu, Lui ! le grand marionnettiste de la vie. Avec son bâton de pèlerin. Et sa robe de bure. Flo était avec toi. Vous étiez deux copines. La vie vous faisait des clins d’oeil.
Nous n’irons plus cueillir des gerbes de blé ensemble. Dans la plaine alanguie crépite un feu dévorant. Et le ciel crépusculaire envoie ses flêches ornées des dernières plumes de paon qui restent. Mais il est bien malade Cupidon. Ne l’aurais-tu pas empoisonné avec une de ces liqueurs dont tu as le secret ? Je te sais sur la pente descendante. Je te sais en partance vers cet autre royaume. Inconnu de tous, celui-là. Ton choix est fait. C’est toi qui l’a voulu. Lentement, mais sûrement, m’as-tu dis un jour. Comme ton père. Mon dieu, la vie quel étrange chose. L’on se construit, l’on se détruit, l’on meurt puis l’on renaît, et puis après ? Et puis après ? On s’en fout ! Me lancerais-tu dans un grand éclat de rire. Et moi je te dirais :
Lorsque tes paupières seront d’or
Et tes cheveux d’argent,
Au crépuscule le soleil miroitant
Me renverra l’éclat de ton corps ;(…)*

En toute fin se trouve une beauté.

 

 

*Extrait d’un de mes poèmes intitulés "Emeraude"